DORA

Pour les personnes qui souhaitent se plonger de façon approfondie dans l’histoire du camp de Dora, la lecture de l’ouvrage d’André Sellier « Histoire du camp de Dora » (La découverte) est conseillée. L’auteur, historien, diplomate et ancien déporté de Dora a utilisé les nombreux témoignages écrits sur ce camp, dont certains sont de très grande qualité.

On recommande parmi eux, dans l’ordre alphabétique des auteurs :

Yves Béon – La planète Dora (éditions du Seuil)

Max Dutillieux – Le camp des armes secrètes (éditions Ouest-France)

Jean Mialet – Le déporté, la haine et le pardon (Fayard)

Marcel Petit – Contrainte par corps ( Empreinte)

introduction

Auparavant, voici quelques informations relatives à une visite éventuelle du camp de Dora et de la région où il fut installé.

La visite du Mémorial de Dora, implanté dans le camp situé lui-même sur le territoire de la ville de Nordhausen, en Thuringe, est vivement recommandée. La RFA et le Land de Thuringe ont engagé des sommes importantes pour améliorer son état et son rôle pédagogique. L’exposition permanente, située dans un bâtiment neuf et fonctionnel, qui permet aux visiteurs de se restaurer, est remarquable. De nombreux ouvrages sont en vente à la librairie. La visite des galeries où étaient fabriqués les fusées V1 et V2 est très impressionnante.

La région où est implanté ce mémorial est très touristique. Nordhausen est, par l’autoroute, à moins de 100 km de la vieille ville hanséatique et universitaire de Göttingen, où le grand écrivain allemand Heine a terminé ses études. Nordhausen est, d’autres part, situé en limite sud du vieux massif montagneux du Harz, très pittoresque. C’est sur son point culminant, le mont Brocken (1142 m), que les vieilles légendes allemandes, reprise par Goethe dans son Faust situe les sabbats de sorcières de la nuit de Walpurgis. On peut y accéder soit par la route, soit, ce qui est recommandé, par le chemin de fer à vapeur qui relie la petite ville moyenâgeuse de Wernigerode au sommet du mont. La visite de Wernigerode est également recommandée.

Les origines

Voici maintenant un abrégé de l’histoire du camp de Dora suivi de la liste de ses camps annexes, avec leurs caractéristiques essentielles, et des développements plus importants sur certains de ces camps.

Le traité de Versailles avait interdit à l’Allemagne, qui possédait pendant la guerre de 1914-1918 une excellente artillerie, les recherches dans ce domaine. Aussi les services d’études de son armée s’intéressèrent-ils aux fusées, ce qui aboutit en 1936 à la création, dans l’ile d’Usedom, au bord de la Baltique, de deux centres d’essais, l’un de l’armée de l’air, l’autre de l’armée de terre, dont le directeur technique était un jeune ingénieur nommé Wernher Von Braun.

Les recherches de l’armée de l’air s’orientèrent vers un avion sans pilote, la VI (Vergeltungswaffe 1 – arme de représailles 1). Celles de l’armée de terre, à Pennemünde, se focalisèrent, au bout de quelques années, sur la fusée A4 (Agregat 4), nommée plus tard V2 (Vergeltungswaffe2 – arme de représailles 2), dont le premier vol réussi date d’octobre 1942.

Les services de renseignement anglais furent informés de l’activité de ce centre, ce qui aboutit, dans la nuit du 18 au 19 août 1943, au bombardement de cet organisme, qui fut partiellement endommagé.

L’intensification des bombardements de l’Allemagne avait démontré peu à peu la nécessité d’enterrer les fabrications les plus sensibles. Celui du centre de Pennemünde accéléra la prise de décision dans le domaine des fusées, et permit à la SS (1), qui cherchait à étendre le domaine de son action, d’investir le domaine des fusées.

1 Le terme SS (Schutzstaffel – échelon de protection) désigne à l’origine la garde rapprochée d’Hitler. Elle se développe rapidement, prend en charge la garde des camps de concentration et devient peu à peu une organisation gigantesque composée de fanatiques d’Hitler, qui envahit tous les secteurs d’activité du pays. Le terme SS désigne aussi, dans le langage courant, les membres de la SS.

Himmler, chef de la SS, profite de l’occasion et obtient aussitôt d’Hitler le transfert de l’usine de production de Pennemünde dans un site souterrain, le déplacement de la base d’essai à Blizna en Pologne, et l’utilisation dans l’usine, à côté du personnel civil allemand, de la seule main d’œuvre concentrationnaire. Il désigne comme responsable de l’opération, du côté SS, le général SS Kammler, chargé des constructions à l’intérieur de cette organisation. La fusée devient ainsi un enjeu de pouvoir entre le ministre de l’armement Speer et la SS.

Création et période initiale du camp de Dora

Le site choisi est un dépôt de carburants creusé dans la colline du Kohnstein, au sud du massif du Harz, au centre de l’Allemagne, sur le territoire de la ville de Nordhausen, en Thuringe. Deux galeries longues de 1800 mètres, dont l’une est incomplètement réalisée, traversent la colline. Elles sont reliées par des galeries transversales de 150 mètres de long dans lesquelles seront installés les ateliers de l’usine. Elles appartiennent à la société WIFO.

Les premiers détenus (une centaine) arrivent le 18 aout 1943. C’est ainsi que va naître, en même temps que l’usine souterraine, le camp de concentration de Dora, qui n’existe pas encore.

Ces détenus proviennent du camp de concentration de Buchenwald. Créé en 1937 à côté de Weimar, il est l’un des plus anciens et des plus importants du système nazi. Comme dans tous les camps, les SS s’y déchargent sur des détenus de responsabilités importantes, d’où une lutte pour les postes correspondants entre les détenus incarcérés pour des motifs politiques (écusson rouge) et les détenus de droit commun (écusson vert). En 1943 ce sont les détenus politiques qui ont pris le dessus et ont amélioré les conditions de vie dans le camp, même si elles restent globalement dures. Notamment, les brutalités y sont, par rapport à l’état antérieur, plus  limitées et la répartition des rations ainsi que la distribution des colis y sont relativement correctes. Malheureusement Buchenwald, s’il envoie à Dora quelques Rouges, lui expédie une forte majorité de Verts.

Pour coiffer la fabrication des V2, existe depuis 1942 le Sonderausschuss A4 (comité spécial A4), placé directement sous les ordres du ministre de l’armement. Lors du transfert à Dora, qui doit se traduire à bref délai par la production intensive de fusées, est créée à Berlin le 21 septembre 1943 la SARL Mittelwerk, chargée de cette production. Son conseil d’administration comprend l’officier qui commande le camp de Dora, ce qui marque l’importance que prend la SS dans cette production.

Les effectifs de Dora croissent rapidement et atteignent 12000 détenus en février 1944. Parallèlement, l’organisation du camp se structure et prend celle d’un camp important. Sous les ordres du commandant du camp, dont l’autorité englobe à la fois les détenus et les SS qui les encadrent, assisté du chef de camp, chargé des détenus, on trouve les différents services : politische Abteilung (section politique), émanation des services policiers (Gestapo et Kripo), qui est chargée de la surveillance des détenus et de la tenue de leurs dossiers, Arbeitsstatistik (statistique du travail) chargée de l’affectation des détenus à leur poste de travail, cuisine, magasin d’habillement, Revier, terme qui désigne l’infirmerie, etc.

On y retrouve – les SS se déchargeant à Dora comme ailleurs de nombreuses tâches – un chef de camp détenu et des chefs de block chargés d’encadrer étroitement les détenus dans les blocks qui sont les lieux où ils vivent en dehors du travail, qu’il s’agisse de baraques en bois ou de bâtiments en dur. Ils y maintiennent la discipline. On y retrouve aussi les Lagerschutz, espèce de police du camp, les Kapos, chefs des unités de travail ou Kommandos, assistés des Vorarbeiter, sorte de contremaîtres ou de chefs d’équipe, tous munis d’un brassard.

Mais en réalité le véritable camp naît tardivement, car pendant plusieurs mois, le déménagement des dépôts de carburant et l’installation de l’usine souterraine ont une priorité absolue sur l’installation du camp. Seuls les bâtiments indispensables, tels que la cuisine, sont construits, les premiers blocks n’étant livrés qu’en mars 1944.

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Cette période est épouvantable pour les détenus. Déménagement des réservoirs et installation de l’usine se font dans la hâte et le désordre, souvent sans matériel adéquat, sous les hurlements et les coups des SS et des civils allemands. Les journées -ou les nuits- de travail durent 12 heures, auxquelles s’ajoutent parfois des corvées pendant le temps libre. Les dortoirs sont quatre galeries secondaires dans lesquelles sont installés des châlits en bois, sur quatre hauteurs. Ils sont situés près de l’extrémité de la galerie principale qui n’est pas terminée, si bien que l’atmosphère en est viciée par la poussière et les gaz des explosions, dont le bruit perturbe le sommeil des détenus. Pas d’installations sanitaires, si bien que les détenus ne peuvent se laver et font leurs besoins dans des demi-fûts métalliques installés à même les galeries. Pas d’eau potable, si bien que les seuls liquides qu’absorbent les détenus sont la soupe et l’infect ersatz de café qu’on leur sert. La nourriture est notoirement insuffisante. L’infirmerie est rudimentaire et ne dispose que de moyens presqu’inexistants. Dans les dortoirs et les galeries sévissent des bandes de jeunes Ukrainiens plus proches du banditisme que de la normale, qui dérobent habilement à leurs camarades, pendant leur sommeil, leurs chaussures ou la tranche de pain qu’ils ont imprudemment conservée. Une telle promiscuité engendre des conflits entre nationalités, d’ailleurs voulus par les SS, auxquels ils permettent de mieux maîtriser la masse des détenus. Ces conflits sont aggravés, en ce qui concerne les Tchèques, par le mauvais souvenir de l’attitude de la France, qui les a abandonnés en 1938 et les Polonais qui reprochent à l’armée française la mollesse de son action en septembre 1939, quand leur propre armée était écrasée par l’armée allemande.

La vermine finit pas s’installer dans les paillasses et les vêtements. Pour l’éliminer, en février 1944, les détenus sont conduits, en pleine nuit, par un froid glacial, à la désinfection et restent exposés au froid après l’opération, à l’extérieur du bâtiment, dans leurs effets humides, ce qui contribue à accroître le nombre des décès, déjà considérable.

Car la mortalité est terrible pendant les premiers mois du camp de Dora. Entre octobre 1943 et mars 1944, période au cours de laquelle environ 18 000 détenus sont arrivés à Dora, 3000 détenus sont morts au camp, 3000 autres, devenus inaptes au travail, sont envoyés dans de soi-disant camps de repos qui sont en fait des mouroirs dont bien peu reviennent. Au total, environ un tiers des détenus disparaît en six mois. Parmi eux, les Français, nombreux à Dora, payent un lourd tribut et Dora devient peu à peu le « cimetière des Français ».

Dora change de visage

A partir d’avril, Dora change de visage. Les blocks sortent peu à peu de terre, les détenus du tunnel y sont transférés, les derniers en mai. Une véritable infirmerie -qui manque certes de moyens, mais beaucoup moins qu’au début, et absorbe peu à peu plusieurs blocks- se développe dans le camp. Parmi ses personnels, beaucoup sont très dévoués et s’efforcent d’améliorer le sort de leurs camarades. Certains détenus reçoivent des colis, dont la distribution se rationalise et améliore leur sort. En outre, le travail à l’usine, dès lors qu’elle est installée et fonctionne normalement, devient dans l’ensemble moins dur.

Mais le camp reste un camp sévère, en raison notamment du fait que les Verts y sont beaucoup plus nombreux que les Rouges et se montrent très brutaux. Les SS ne sont pas plus tendres et les sanctions vont jusqu’à la pendaison. En outre, certains Kommandos, tels que la Transportkolonne, chargée notamment de décharger et d’emporter dans le tunnel, sans aucune aide matérielle, les demi-coques qui constituent la partie centrale de la V2, restent particulièrement durs.

 

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Dès la fin du printemps 1944, l’avance des armées alliées et soviétiques et notamment le débarquement en Normandie réduisent peu à peu l’Allemagne à son seul territoire, y entraînant la pénurie alimentaire à laquelle s’ajoute le fait que les colis ne parviennent plus à ceux qui en recevaient. La nourriture, dans le camp, devient de plus en plus insuffisante.

 

Une organisation de résistance naît à Dora. Elle vise à éviter, au moment de la libération du camp, la liquidation de ses occupants. Mais les mouchards que la Gestapo a recrutés l’apprennent et certains des membres de cette organisation sont arrêtés à partir de novembre 1944. Bon nombre d’entre eux, ainsi que d’autres détenus arrêtés pour des raisons différentes sont assassinés avant la libération.

 

Les sabotages, en particulier sur la V2, entraînent de leur côté des arrestations et, aussi bien dans le tunnel que sur la place d’appel, des pendaisons nombreuses.

 

 

Naissance du Sperrgebiet

Cependant, au cours de l’année 1944 se développent dans le Harz et à sa proximité des activités dont certaines sont similaires à celles du camp de Dora et entraînent la création d’autres camps.

A partir du printemps de cette année, Kammler reçoit diverses missions telles que la mise à l’abri d’industries sensibles ou la construction de routes, de voies ferrées et de ponts. Ces missions sont, à de rares exceptions près, exécutées par des détenus sous le contrôle de civils allemands. Pour les loger, se créent des camps à partir de bâtiments existants ou de baraques construites au moment du besoin. Quelques-uns de ces sites abritent des usines souterraines en fonctionnement. Certaines de ces activités et des camps où sont logés les détenus qui les exercent se situent dans le Harz ou à proximité de ce massif.

Lorsqu’à l’automne 1944 le camp de Dora cesse de dépendre de Buchenwald et devient ainsi le dernier des grands camps de concentration, une quarantaine de camps du Harz lui sont rattachés administrativement. Ils sont d’importance variable. Certains comptent quelques centaines de détenus. D’autres, comme ceux d’Harzungen et Ellrich sont beaucoup plus  importants.

 

Pour renforcer le secret de ces activités est créée la Sperrgebiet (zone interdite) Mittelbau, d’un rayon de 30 kilomètres autour de Nordhausen, étendu ensuite à 50 kilomètres et Dora devient Mittelbau-Dora.

Certains des chantiers, qui concernent les projets B3, B11 et B12 ont pour objet le creusement dans les collines du Kohnstein et du Himmelsberg de réseaux de galeries souterraines reliées entre elles et destinées à abriter des usines d’aviation et de fabrications chimiques. C’est, entre autres, dans les camps de Harzungen, Ellrich et Woffleben que sont logés les détenus qui travaillent sur ces chantiers.

 

Un autre des chantiers, celui du  Helmetalbahn, a pour objet la construction, dans la vallée de l’Helme, d’une voie ferrée destinée à absorber une partie du trafic de la ligne qui, dans la vallée de la Zorge, relie Herzberg à Nordhausen. Les camps correspondants sont ceux de Wieda, Osterhagen, Nüxei et Mackenrode ainsi que le camp dit d’Ellrich-Théatre et celui de Günzerode.

Dans la grotte naturelle Heimkehle, à l’est de Nordhausen, est installée une fabrique de trains d’atterrissage. Les détenus qui y travaillent -Stéphane Hessel est du nombre pendant quelque temps- sont logés au camp de Rottleberode.

 

A Blankenburg,  au nord-est du Harz, à la mi 1944, l’organisation Todt décide d’ouvrir des travaux dans des mines et carrières abandonnées ou non. Deux camps, Klosterwerke à Oesig et Regenstein abritent les détenus correspondants.

Enfin, deux camps existent à Osterode. L’un alimente en personnel une usine d’aéronautique, l’autre abrite des détenus qui exécutent des travaux de l’organisation Todt (creusement de galeries destinées à abriter des fabrications d’huiles minérales).

 

Nulle part dans ces camps la vie n’est facile. Lors du creusement des galeries, l’évacuation des déblais et le forage des trous de mine, dans la poussière, les gaz toxiques, le bruit des explosions étaient des tâches harassantes et dangereuses. Il en était de même sur les chantiers extérieurs où les détenus devaient creuser la terre, évacuer les déblais, transporter de lourdes charges et étaient soumis aux intempéries, à la chaleur accablante et parfois à la pluie l’été, mais surtout, l’hiver, au froid, au gel et la neige.

 

les camps d’harzungen et d’Ellrich

Il y avait pourtant  des degrés dans le malheur, ainsi que le montre l’exemple des camps d’Harzungen et Ellrich.

Le camp d’Harzungen, dès qu’il a atteint sa taille normale, compte 4000 détenus. Certes, de nombreux Kapos sont verts et les Tziganes allemands, qui ont occupé des postes de responsabilité, y ont laissé un souvenir mitigé. Mais le logement dans les baraques est meilleur qu’à Ellrich. Le camp est gardé par la Luftwaffe, l’armée de l’air allemande, moins brutale que la SS. Le commandant du camp est relativement correct et va jusqu’à accepter qu’une messe soit dite le jour de Noël 1944, messe à laquelle il assiste. Le personnel de l’infirmerie est très dévoué. Les trajets aller et retour entre le camp et les lieux de travail sont longs et pénibles. Le travail, soit dans les galeries, soit à l’extérieur est tout aussi pénible. Mais il est, dans de nombreux cas, effectué par roulement de trois équipes dont chacune travaille huit heures par jour.

Certes, il y a des morts à Harzungen, mais ils sont, proportionnellement  beaucoup moins nombreux qu’à Ellrich.

Les commandants de ce dernier camp sont des officiers SS expérimentés, purs et durs. La plupart de leurs subordonnés sont eux aussi des SS. Les Kapos et les chefs de blocks sont en quasi-totalité des Verts et des asociaux (écussons noirs), xénophobes, qui s’entendent très bien avec les SS.

Les conditions de logement dans une usine désaffectée sont initialement désastreuses. Elles restent jusqu’au bout mauvaises en raison du manque d’eau et de la surpopulation. Les malades sont si nombreux que, selon la formule d’un ancien déporté, on n’entre à l’infirmerie que lorsqu’on est à moitié mort. La pénurie d’aliments s’y fait sentir plus qu’à Dora et Harzungen et engendre même du cannibalisme. La pénurie de vêtements est telle que pendant des mois des centaines de détenus en sont totalement privés et n’effectuent des travaux qu’à l’intérieur des blocks.

La grosse majorité des détenus travaillent en dehors du camp. Très peu bénéficient du régime des trois huit. Les autres travaillent 12 heures, mais pour la partie retour du trajet, qu’ils effectuent par voie ferrée, ils attendent souvent le train pendant plusieurs heures, quelles que soient les conditions atmosphériques. Il en résulte un manque de sommeil et, souvent, des maladies graves.

Toutes ces causes font du camp d’Ellrich, dont l’effectif dépasse 8000 détenus en septembre 1944, un enfer et y engendrent une mortalité effrayante.

 

On peut en donner un exemple. Un des derniers convois de déportés partis de France a quitté la gare de Pantin le 15 août 1944 en direction de Buchenwald. Environ huit cents déportés de ce convoi ont rejoint Ellrich peu après. Seuls 15% d’entre eux au maximum sont sortis vivants des camps.

 

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évacuations et libération des camps et des détenus

Même si la mortalité à Dora et dans les autres camps du Mittelbau est moindre qu’à Ellrich, elle reste importante et croit dans les derniers mois. Elle s’accroit notamment à partir de janvier 1945 par les évacuations des camps d’extermination. En janvier 1945, un convoi de déportés juifs venu d’Auschwitz arrive à Dora. Ils ont, sans ravitaillement et par des froids intenses, marché longtemps et voyagé pendant plusieurs jours sur des wagons plate-forme. Beaucoup d’entre eux sont morts pendant le trajet ou peu après leur arrivée. Il en est de même en février pour des déportés de Gross-Rosen.

Les afflux de malades, souvent irrécupérables, encombrent les infirmeries des camps. Aussi, Mittelbau s’en débarrasse-t-il dans un mouroir créé à Nordhausen dans la Boelke Kaserne. Une partie d’entre eux, qui provenaient du camp d’Ellrich, sont réexpédiés sur Bergen-Belsen en mars 1945 et disparaissent pendant le trajet ou à l’arrivée.

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Tout se termine lorsque les Alliés ou les Soviétiques arrivent à proximité des camps. Les détenus, qui ne doivent pas tomber aux mains des Alliés ou de l’Armée rouge, sont évacués. Ces évacuations, qui se font pour la plupart à pied ou par voie ferrée, durent parfois plusieurs semaines, avec un ravitaillement quasi-inexistant.

Pour la plupart, elles aboutissent aux camps de Bergen-Belsen et de Ravensbrück. Mais d’autres rejoignent d’autres lieux. Quelques détenus de la galaxie Dora, après avoir parcouru six cent kilomètres à pied sont, pour les survivants, libérés au bord de la mer du Nord.

De nombreuses tentatives d’évasion ont lieu. Parmi ceux qui sont repris, beaucoup sont exécutés. L’épisode le plus dramatique est celui de la grange de Gardelegen où un millier de déportés sont morts carbonisés.

Le camp de Dora et la Boelke Kaserne ont été libérés le 11 avril 1945. Dans le camp ne se trouvaient plus que quelques centaines de malades. La Boelke Kaserne avait subi le bombardement de la ville de Nordhausen, qui fit 1200 victimes parmi les détenus les 3 et 4 avril 1945. L’état physique des survivants suscite chez leurs libérateurs horreur et pitié.

 

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L’après guerre et la mémoire des camps

Le rapatriement des survivants s’est fait plus ou moins rapidement après leur libération. Beaucoup d’entre eux ont dû recevoir des soins intensifs et, pour certains, faire de longs séjours en sanatorium avant de pouvoir reprendre une vie normale.

Le camp de Dora était en RDA. Sous le régime de cette dernière, la mémoire était tournée avant tout vers la lutte contre le nazisme et l’aménagement du camp a été réalisé dans cette optique.

Après la réunification, cette mémoire a été avant tout orientée vers les souffrances et la mort des déportés. Et c’est dans cette perspective que l’aménagement du camp, qui se poursuit, a été conçu. Son rôle pédagogique, en particulier vis-à-vis des jeunes, s’est développé et les cérémonies anniversaires de la libération du camp réunissent de nombreux participants.

De nombreux dirigeants (en particulier le fameux Von Braun) et techniciens des fusées ont – le fait est bien connu – été utilisés, principalement par les Américains et les Russes, pour le développement de leurs fusées. Ils ont ainsi échappé aux sanctions que bon nombre d’entre eux auraient méritées.

A leur retour, les anciens déportés de Dora et Ellrich ont créé deux amicales qui ont rapidement fusionné. L’amicale de Dora-Ellrich, dont la mission essentielle était au départ l’aide aux veuves et aux orphelins, s’est ensuite tournée vers la mémoire et l’histoire.

Cette amicale, dont le nombre des membres s’est réduit peu à peu, s’est intégrée récemment à la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, qui l’aide à survivre en lui apportant son soutien matériel.

Elle entretient des relations étroites avec le mémorial du camp de Dora et son directeur, ainsi qu’avec la Coupole, centre d’histoire installé près de saint-Omer sur le site d’un gigantesque bunker destiné au lancement des fusées V2.

Ci-après, la liste des camps annexes de Dora :
Artern, Blankenburg-Oesig, Bleicherode, Boelcke-Kaserne, Ellrich-Bürgergarten,
Ellrich-Juliushütte, Groß-Werther, Günzerode, Gut Bischofferode, Harzungen, Hohlstedt, Ilfeld, Ilsenburg, Kelbra, Kleinbodungen, Ballenstedt, Mackenrode, Niedergebra, Nüxei, Osterhagen, Osterode-Freiheit (firme Curt Heber), Osterode-Petershütte, Quedlinburg, Rehungen, Roßla, Rottleberode, Stempeda, Tettenborn, Trautenstein, Wickerode, Wieda, Woffleben, Blankenburg-Regenstein, Bischofferode (Eichsfeld),

5. SS-Eisenbahnbaubrigade – (5ème brigade SS de construction ferroviaire),
6. SS-Eisenbahnbaubrigade – (6ème brigade SS de construction ferroviaire),
7. SS-Eisenbahnbaubrigade – (7ème brigade SS de construction ferroviaire),
8. SS-Eisenbahnbaubrigade – (8ème brigade SS de construction ferroviaire).