Ellrich-Juliushütte

2010 EllrichLe camp annexe d’Ellrich-Juliushütte est créé en Mai 1944 sur l’emplacement d’une ancienne fabrique de plâtre. Le terrain, limitrophe de la gare du village d’Ellrich, est sur la frontière, futur rideau de fer, entre la Thuringe – commune d’Ellrich, camp des détenus – et la Basse Saxe – commune de Walkenried, camp des SS. Le taux de mortalité y sera très élevé.
Dès le 1er mai 1944, des déportés sont logés dans un premier bâtiment divisé en 3 blocks.
Dans un premier temps, ils dorment par terre ; plus tard dans des châlits. Une simple fosse sert de latrines. Fin mai est utilisé un nouveau block dans un autre bâtiment en briques. Le dernier bâtiment édifié sera le Crématoire, sur la colline ; il ne sera achevé qu’en mars 1945.
Les détenus d’Ellrich travaillaient dans des Kommandos spécialisés comme la forge ou la peinture mais pour le plus grand nombre au creusement des galeries du « B12 », extension Nord des tunnels de la Mittelbau, à 6 kms de là, et des galeries du B3 de Woffleben, en face, de même qu’à l’énorme complexe ferroviaire dans la plaine entre les deux.
Le trajet se faisait tantôt à pied, tantôt en train qu’il fallait attendre des heures réduisant le temps de sommeil à néant. En train ou à pied, les détenus devaient, prise dans les déblais de leur terrassement, rapporter une pierre, assez grosse – sinon le kapo se chargeait de vous en trouver une bien lourde – pour empierrer la Place d’Appel, puis combler le marais qui jouxte les bâtiments du camp.

Fin mai, un convoi de juifs hongrois arrive à Dora. Une grande partie est transférée à Ellrich. Dans ce camp se côtoient des Tsiganes, des Polonais, des Russes, des Tchèques, des Français et des Belges. Fin mai, on compte 1696 détenus, 2880 en juin, 4104 en juillet, 6187 en août et 8198 fin septembre. Après ces augmentations fulgurantes, le nombre diminue pendant l’hiver : 7957 en octobre et 6571 en janvier. Le dernier comptage du 31 mars donne un effectif de 7259 détenus.
A Ellrich, l’insuffisance de vêtements et de chaussures participait des conditions terribles de vie des détenus. Ainsi, pour pallier ce manque, les SS décident fin Novembre que tous les malades, les « inutilisables » autrement dit, qui restent au block, sont laissés nus pour vêtir les valides qui partent travailler. Ils ne sont pas pour autant dispensés de l’appel auquel ils sont présents avec en tout et pour tout, pieds nus, leur couverture sur les épaules…
Mi-février 1945, la fabrique de pain qui ravitaillait Ellrich est détruite causant la famine. La seule subsistance solide des détenus disparaissait ne leur laissant qu’une soupe claire de quelques navets et rutabagas. A Dora et Harzungen, ce manque de pain était modéré par la distribution de pommes de terre. Au revier, il était impossible de soigner les malades. Ceux qui y étaient acceptés venaient y mourir. L’équipe médicale était dirigée par un médecin de Varsovie. Seuls ceux qui réussissaient à être transférés au revier de Dora avaient une chance. Les désinfections (voir article « La faim, et la fin ») furent particulièrement meurtrières.
Le 3 Mars 45 est organisé un « Transport » de 1602 malades qui arrivent à la Boelcke-Kaserne de Nordhausen le même jour. Le 6 Mars, ils repartent avec d’autres mourants dans un train de 2252 détenus à destination probable de Bergen Belsen. Aucun survivant n’est revenu de ce train.

Les alliés approchant, les Evacuations commencent, à pied et en train vers le Nord à travers le Harz. On les appellera « les marches de la mort », le détenu qui tombe est immédiatement achevé d’une balle. La solidarité entre déportés sera à son plus fort, les plus valides soutenant les plus faibles. Mais le taux de mortalité sera effrayant…
Le camp est totalement évacué le 4 Avril 45.
Extrait du livre Mémorial des camps de Dora Ellrich édité en 1949

– Plainte de l’Amicale des Déportés d’Ellrich contre les responsables du camps auprès du tribunal des crimes de guerre – page 141
 » Pendant une période de 11 mois, 3500 Francais passérent au camp d’Ellrich – 210 sont revenus soit 1 sur 17 .
De ces 3500 Français, immatriculés à Buchenwald le 20 août sous les numéros 77 et 78 000 arrivèrent à Ellrich le 7 septembre 1944.
huit mois après 38 seulement de ces 1500 revirent leurs pays : 34 vivent encore aujourd’hui, soit 1 sur 44. »

SOURCES :Mémorial des camps de Dora- Ellrich – Collectif 1949,
Histoire du camp de Dora – André Sellier – 1998 édition la Découverte

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