Peenemünde

Avec les jumelles- heureux lors du succés  d Apollo

Von Braun (avec les jumelles) lors du succés d Apollo

Au début du XXe siècle, des théoriciens,fondent une nouvelle science, l’astronautique .

Mais face au mythe de la fusée, il y a la réalité des victimes .

11 avril 1945 Nordhausen  Roberts

NORDHAUSEN – 11 Avril 1945

boelcke kaserne 11 avril 1945

BOELCKE KASERNE NORDHAUSEN – 11 Avril 1945

 

 

Cette  nouvelle science est à l’origine de milliers de morts qui ne sont pas souvent évoqué lors des manifestations célébrant ces avancées technologiques.

 

Les débuts

C’est en Allemagne, pendant la République de Weimar, à la fin des années vingt, sur un terrain militaire loué par la ville de Berlin, situé à Tegel que les amateurs de fusées sont les plus nombreux et les plus actifs. En s’appuyant sur les nouveaux produits et matériaux (l’aluminium, l’oxygène liquide, etc.), ils s’efforcent, à partir de 1930, de passer à la pratique en expérimentant de petits moteurs-fusées. Mais disposant d’aucun soutien la crise économique arrête les projets de ces passionnés. Parmi eux, une figure se distingue , celle de Wernher von Braun .

jeunesse de Von Braun

Werhner Von Braun est à Droite. Rudolf Nebel à gauche

Au printemps 1930, la « Heereswaffenamt » (Ministère de l’Armée de Terre) commence un inventaire systématique sur les recherches privées effectuées sur les fusées. L’ingénieur Walter Dornberger , qui sera nommé plus tard général, prend contact avec les groupes d’inventeurs. Un nouveau terrain situé à Kummersdorf près de Berlin est inauguré le 27 septembre 1930, par Klaus Riedel et Rudolf Nebel . Ces derniers seront bientôt rejoints par Wernher Von Braun .

Divers types de fusées sont développés : la A1 qui ne dépassera toutefois pas le stade de projet. La A2 qui effectuera deux vols avec succès en décembre 1934 et qui atteignent une altitude de 2.200 m. La A3, d’une poussée de 1.500 kg, qui n’allait cependant pas obtenir le succès escompté, la A5. La somme des connaissances accumulées par tous ces projets devait ouvrir la voie à la future A4 ou V2.

Rudolf Nebel effectue une présentation à des responsables de l’Armée de Terre le 22 juin 1932. Cette présentation échoue. L’Armée de Terre décide de se concentrer sur ses propres projets avec Walter Dornberger . Von Braun décide alors de se rendre à la direction de l’Armée de Terre où il rencontre le Colonel Becker. Les deux hommes s’entendent sur une collaboration et Von Braun se met à sa disposition.

Peenemünde, île d’Usedom :

Peenemünde

l’ile d’Usedom

Mais le terrain de Kummersdorf devient très vite trop exigu. De plus, le bruit et la fumée des fusées attire beaucoup trop l’attention, sans compter le risque de chute d’engins sur les habitations attenantes. En juin 1935 Von Braun suggère la création d’une base spéciale pour les fusées. A la fin de l’année il découvre un terrain idéal dans l’île d’Usedom située sur la mer Baltique. Cette île de 12 km de large recouverte par la forêt est isolée du continent par la rivière Peene qui se jette dans la mer Baltique. La décision est prise d’installer le nouveau centre de recherches à Peenemünde, petit village de pêcheurs. En mars 1936, le commandant en chef de l’Armée de Terre inspecte les installations de Kummersdorf et annonce le financement du nouveau centre de recherche. Le 1er avril la Luftwaffe confirme sa participation au projet et à la construction de l’usine Ouest qui lui sera réservée pour le développement du V1. Dès lors et à partir du mois d’août 1936, d’immenses travaux démarrent sur une superficie de 25 km2 ;. On abat les arbres, on défriche et on construit. Les ateliers en béton seront recouvert de briques rouges . Ce sera le centre de recherche le plus grand et le plus moderne du monde dans lequel travaillent entre 10.000 et 15.000 personnes constitués de savants, ingénieurs, techniciens, ouvriers, prisonniers de guerre, des travailleurs civils amenés par la contrainte, détenus des camp de concentration. Outre les bâtiments nécessaires au fonctionnement de ce centre, on y construit de belles résidences chargées d’accueillir les savants et autres ingénieurs, techniciens, et pour tous ceux qui collaborent à ces recherches, ainsi que leurs familles. En 1937, l’institut d’aérodynamique, sous la direction du Dr Rudolf Herrmann, rejoint Peenemünde dans le cadre du développement des fusées, afin d’y installer une soufflerie supersonique ultra-moderne qui sera mise en service en 1939. Cette soufflerie sera capable de dépasser la vitesse de mach 4. On pose un réseau ferré de 106 km dont 71,6 km seront électrifiés desservie par des rames d’une livrée rouge et jaune à une vitesse de 70 km/h. Une ligne part de Zinnowitz en passant par Trassenheide et Karlshagen et abouti à l’usine Ouest. Une deuxième ligne abouti au village de Peenemünde. Il existe également une troisième ligne qui part de Zinnowitz et qui abouti à l’usine d’essais en série.On construit à la pointe de l’île un aérodrome sur lequel on essayera plus tard et entre autres, l’avion fusée ME 163. L’ensemble de la partie la plus secrète du centre de recherche sera équipé d’un système de surveillance par télévision, ce qui est, pour l’époque,une véritable révolution. Le 1er mai 1937, les premiers ateliers sont fonctionnels. L’équipe de Kummersdorf prend possession des lieux et Wernher Von Braun est nommé directeur technique du centre de recherche de l’Armée de Terre situé dans la partie Est.

Tous ces travaux ont été réalisés par des détenus logés dans un premier temps près de la rivière Peene. Mais à partir de 1942, d’autres seront transférés du camp de concentration de Ravensbruck, dont les camps constitués de baraques ont été installés à Trassenheide et à Karlshagen et qui vivaient là, dans des conditions précaires sous les brutalités des gardes de la SS. Avec la réussite de sa guerre éclair, Hitler range la recherche sur les fusées au second plan. Il accorde la priorité des finances à d’autres projets. Le Reichsmarschall Hermann Goering, de son côté, pense que les chasseurs de la Luftwaffe seront à même de régler tous les problèmes. Pendant ce temps, à Peenemünde, les recherches se poursuivent, malgré tout, mais au ralenti. Ce n’est que bien plus tard, avec les défaites du Front de l’Est, que Hitler accordera la priorité à la recherche sur les fusées.

Heinrich Himmler

Heinrich Himmler

Le Reichsführer Heinrich Himmler visite Peenemünde début avril 1943. A cette occasion, on procède au tir de trois fusées A4. Le 26 mai 1943, un tir de comparaison entre une V1 et une V2 est effectué. Il révèle que la V2 est supérieur à la V1.

Rudolph visite les usines Heinkel à Orianenburg où est logé et travaille un important kommando du camp de concentration de Sachsenhausen. Cette visite fait l’objet d’un rapport très détaillé de Rudolph à  Dornberger. Celui ci approuve l’utilisation des détenus des camps de concentration. A la réunion du 2 juin  il est décidé de demander 1400 détenus au WVHA de la SS. Le compte rendu de réunion où a été décidé du sort de milliers d’homme est étonnant. L’impression dominante est une souveraine indifférence au sort de ces détenus.

En Angleterre, le Docteur R. V. Jones, , le 16 juin 1943, identifie une fusée sur une photo aérienne de Peenemünde. Le 18 août, la RAF bombarde massivement le centre de recherches (nom de l’opération : opération HYDRA) causant la mort d’environ 750 personnes. Le nombre exact n’est pas connu. Quelques jours plus tard, les Alliés s’attaquent aux sites de tir en construction en France (Opération Crossbow (Arbalette)). Avant le bombardement de 1943, il y avait deux camps de travail dans le secteur Peenemünde / Karlshagen.

♦ Un camp avait été installé au rez-de- chaussée de l’usine d’essais en série (Versuchsserienwerk ), dans le hall F1. Les prisonniers dormaient dans cet endroit et devaient travailler dans les étages au-dessus, pour la fabrication en série des fusées A4. Ce camp n’a existé que quelques mois. Après le bombardement, des détenus ont été transférés vers le camp de concentration de Dora.

♦ Le deuxième camp de travail était installé à proximité de l’aérodrome, dans le camp communautaire Est. Les baraques pour les détenus ont été spécialement clôturées. Ces derniers, qui ont été hébergés là, devaient travailler sur l’aérodrome en effectuant des travaux de terrassement et de camouflage, ainsi que le réapprovisionnement des avions en essence. Une partie de leurs tâches consistaient aussi à ramasser dans les marais, les lourds pistons de la catapulte de tir de la rampe de lancement « Walther », après les lancements des bombes volantes FI 103. Ces deux camps étaient administrés par le camp de concentration de Ravensbrück.

L’attaque contre Peenemünde provoque la panique chez les dirigeants nazis, et une série de décisions importantes est prise dans les derniers jours d’août.

Les fonctions, jusqu’alors regroupées, sont dispersées : les essais ont désormais lieu à Blizna, en Pologne, la production en série est établie dans une usine souterraine à aménager en Thuringe, près de Nordhausen.Les travaux d’aménagement de l’usine souterraine – baptisée Mittelwerk (usine du centre) – commencent dès le 28 août 1943 avec l’arrivée à Nordhausen d’un premier groupe de déportés venus de Buchenwald, pour alimenter un Kommando de travail baptisé « Dora ».

la fin

Le centre de recherches de Peenemünde est évacué et dynamité en février 1945 devant l’avance soviétique. Les soviétiques sont entrés dans Peenemünde le 4 mai 1945 sans avoir eu à livrer de combat. Après guerre, ils ont déterré tous les câbles électriques puis ont fait sauter toutes les installations qui étaient encore intactes. L’usine d’oxygène liquide a cependant résisté aux explosions. Aujourd’hui, il ne subsiste que deux bâtiments : le Kraftwerk qui abrite le musée et son bunker, et l’usine de fabrication de l’oxygène liquide. L’aérodrome, qui était le plus grand aérodrome militaire d’Allemagne, a été utilisé à partir de 1948 par des escadrilles soviétiques. En 1958, la National Volksarmee (N.V.A.) de la Deutsche Demokratic Republic (D.D.R.), prend en compte l’aérodrome, y installe une nouvelle piste et y affecte, à partir de 1961, la jagdfliegergeschwader JG9 « Heinrich Rau ». Celle-ci a été dissoute en décembre 1990. Il a également été utilisé par les forces de l’OTAN. La marine installée depuis 1951 sous commandement soviétique a été intégrée dans la National Volksarmee (N.V.A.) de la Deutsche Demokratic Republic (D.D.R.) en 1956 sous le nom de 1ère flotille. Les derniers marins ont été retirés de Peenemünde en avril 1996. Avec la fin de l’emprise militaire sur ces lieux en 1996, la nature a repris ses droits et les vestiges sont enfouis sous la végétation, la mousse et la forêt.

Sources :

♦ Archive amicale Dora-Ellrich

♦ Mémorial de Peenemünde

Livres : 

histoire du camp de Dora de André Sellier

site:

Le capitaine Jean Maridor

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